À propos
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je travaille sur une œuvre chorale a cappella inspirée de certains textes de Percy Bysshe Shelley.
Qui êtes-vous, M. Thomson ?
Je porte plusieurs chapeaux, mais je suis avant tout un compositeur de musique de concert. Je suis également un arrangeur d’orchestre très actif, réimaginant généralement divers styles de musique populaire pour des orchestres, le plus souvent pour l’Orchestre symphonique de Montréal. J’ai également composé trois comédies musicales ainsi que de la musique pour le cinéma et la télévision. Aujourd’hui, je suis un pianiste d’orchestre actif, mais j’aime aussi l’art de l’improvisation libre. Je suis un chef d’orchestre occasionnel, généralement pour des enregistrements. J’enseigne en privé depuis mon adolescence, surtout le piano, mais aussi la théorie et l’orchestration. J’ai grandi à Toronto mais je vis à Montréal depuis 1995.
Quelle est votre journée type ?
Je me réveille très tôt et je cours sur une montagne, puis je fais de la gymnastique suédoise et du yoga. Le reste de la journée est consacré à la composition. Si je n’écris pas, je lis ou je répète pour un concert. À répéter le jour suivant!
Qui étaient vos mentors ?
J’ai eu beaucoup de chance. Pendant mon enfance à Toronto, j’ai eu plusieurs professeurs, à commencer par la stricte et disciplinée Mme Hope, une professeure de piano assez conservatrice et voisine de chez moi. À l’âge de 12 ans elle m’a fait entrer au Royal Conservatory of Music où j’ai étudié le piano, la théorie et le contrepoint. Ensuite, j’ai étudié avec de brillants professeurs à York University à Toronto. Les ethnomusicologues Beverly Diamond et Bob Witmer m’ont appris non seulement à penser, mais aussi à réfléchir de manière expansive et critique à cette chose que nous appelons musique dans son contexte culturel. J’ai étudié l’orchestration et la sémiotique avec David Lidov. Aujourd’hui encore, les souvenirs de mes études avec le musicien carnatique sud-indien Trichy Sankaran et le pianiste/improvisateur Casey Sokol résonnent littéralement en moi. Enfin, mon mentor le plus significatif, le compositeur radicalement novateur James Tenney, m’a tant appris sur le son, la rigueur de la composition, l’acoustique et l’intégrité artistique sans compromis que lorsque je suis bloqué sur un passage, je me demande encore : « Que ferait Jim ici ? »
Pouvez-vous nous parler de quelques moments forts de votre vie musicale ?
Depuis 2006, je collabore avec l’Orchestre symphonique de Montréal en tant que compositeur et arrangeur pour une quinzaine de projets différents. Avec cet incroyable orchestre, j’aime particulièrement une relecture des chansons de l’auteur-compositeur-interprète, Michel Rivard, qui a abouti à un album studio acclamé. Il y a eu une transformation très trippante de « Rhapsody in Blue » conçue pour dix pianos et orchestre sous la direction de Kent Nagano, avec la pianiste de jazz Lorraine Desmarais. Pour orchestre de chambre, j’ai composé, arrangé et dirigé « La Symphonie rapaillée », un enregistrement basé sur la poésie de Gaston Miron qui a reçu un prix Félix. La collaboration avec le groupe indé Half Moon Run était aussi audacieuse qu’innovante. Mon concerto de 2019 pour clarinette basse et orchestre, « Les ailes sur les pas de deux », avec André Moisan et sous la direction de Kent Nagano, était passionnant, d’autant plus qu’André et moi sommes deux musiciens qui embrassent la virtuosité et l’improvisation. J’ai récemment écrit un arrangement assez intense des « Tableaux d’une exposition » de Moussorski pour l’orchestre à cordes Les Violons du Roy et je garde un souvenir ému de la composition d’une ouverture très rapide et fumante pour l’Orchestre Métroplitain sous la direction de Yannick Nézet Séguin. Dernièrement, l’OSM vient d’enregistrer « Riopelle Symphonique », une œuvre de 75 minutes pour orchestre et chœur composée pour le centenaire de Jean-Paul Riopelle en 2023.
En tant que pianiste, il y a simplement trop de souvenirs et trop de concerts parmi lesquels choisir, mais un projet inimitable me vient à l’esprit. Avec la chorégraphe Louise Bédard, j’ai passé six mois à composer une partition de danse pour un piano préparé et un piano à queue ordinaire. Chacun des douze danseurs était atteint de la maladie de Parkinson. J’ai joué sur les deux pianos pour le spectacle et je n’ai jamais joué avec autant de vulnérabilité et d’explosivité que ce soir-là.
Des regrets ?
Quelques-uns. Je n’ai toujours pas joué « Les Variations Goldberg » en concert. Ça m’ennuie. Et je n’ai toujours pas trouvé de producteur pour « The Virgin Courtesan », une comédie musicale que j’ai écrite avec le librettiste, Frayne McCarthy. Je pense que c’est l’une des plus belles pièces de théâtre musical qui n’ait jamais été jouée.
Vous avez quelque chose à dire sur votre musique ?
Je suis obsédé par la façon dont la morphologie musicale est perceptible à la fois par l’auditeur et l’interprète, qu’il s’agisse de flux rythmique, de changements harmoniques, de densité contrapuntique, etc. Je suis instinctivement et sans honte attiré par la beauté mélodique et les surprises de tout type. Elles se révèlent généralement par le jeu contrapuntique et la manipulation rythmique. D’aussi loin que je me souvienne, la physicalité du son est aussi significative et plastique pour moi que le matériau l’est pour un sculpteur.
Enfin, pourquoi écrivez-vous de la musique ?
Aussi ringard que cela puisse paraître, je suis à la recherche compulsive de la force mystérieuse qui relie une note à une autre, un rythme à un autre, un timbre à un autre. Mais pour la trouver, il faut un travail mental très intense, qui est, au fond, la construction détaillée d’un plan (la partition) découlant généralement d’un « flash » original encore informe. À part frapper une balle de golf en plein centre avec un fer 3, je ne connais rien de plus gratifiant que d’entendre ces notes jouées par des musiciens sensibles et féroces.